Emile Durkheim est né à Epinal (Vosges) dans une famille juive pratiquante, son père était rabbin. Agnostique et ne voulant pas devenir rabbin, il entre à l’Ecole Normale Supérieure et obtient l’agrégation de philosophie en 1882. Il enseigne le droit et la philosophie avant d’entreprendre la rédaction d’ouvrages de sociologie et d’enseigner cette matière nouvelle à Bordeaux, puis à la Sorbonne à partir de 1902.
Emile Durkheim est considéré comme le fondateur de la sociologie moderne pour avoir réussi à associer la théorie et la recherche empirique. Influencé par le positivisme d’Auguste Comte (1798-1857), il énonça la spécificité du fait social, indépendance du groupe par rapport aux hommes qui le composent et considère les faits moraux comme des faits sociaux. Ses cours et ses écrits traitent de la solidarité sociale, du suicide, du fait moral et religieux, des méthodes pédagogiques.
Pour Emile Durkheim, les phénomènes religieux sont caractérisés par le sacré, représentation collective et impersonnel qui correspond à une transfiguration de la société qui s’adore elle-même. Emile Durkheim, républicain et universaliste laïc, pense que la morale civique, enseignée à l’école, doit se substituer à la morale religieuse pour faire des enfants des êtres sociaux. Défenseur du capitaine Dreyfus, il est l’un des membres fondateurs de la Ligue pour la défense des Droits de l’Homme et est un ami de Jean Jaurès.
Père fondateur de la sociologie en France », Émile Durkheim s’attache à montrer que les faits sociaux ont une logique propre, qui peut éclairer certaines des dimensions les plus intimes de notre existence.
La sociologie d’Émile Durkheim prend son envol avec son étude sur la « division du travail social » qui est le fruit des réflexions qu’il a engagées sur la société moderne. Comme la plupart des classiques des sciences sociales, il veut caractériser la société de son temps tout en mettant en œuvre une approche scientifique des faits sociaux. La réflexion de Durkheim se construit autour de deux axes : la connaissance des fondements de la société moderne et la construction d’un savoir sociologique à prétention scientifique. Dans La Division du travail social, Durkheim se distingue d’emblée de plusieurs modèles d’analyse : le darwinisme social d’Herbert Spencer, la théorie de l’imitation de Gabriel Tarde, la philosophie utilitariste de Stuart Mill et la doctrine libérale d’Adam Smith. Pour Durkheim, tous ces modèles souffriraient d’un manque de scientificité.
Durkheim s’inspire de l’idéal positiviste exposé par Auguste Comte et définit ainsi la sociologie comme une « science morale », c’est-à-dire une science des mœurs propres à différentes sociétés. Or ces mœurs prennent forme en fonction du degré de rapprochement des individus, ainsi que de la densité et de l’intensité des relations sociales. De ce point de vue, la société moderne a engendré un basculement fondamental, qui est celui du passage d’une « solidarité mécanique » à une « solidarité organique »…
Émile Durkheim est né à Épinal en 1858, d’une famille de rabbins. Brillant élève au collège de cette ville, il se décida très tôt pour le professorat, prépara au lycée Louis-le-Grand l’École normale où il entra en 1879. Il y trouva, parmi ses condisciples, Bergson, Blondel, Jaurès, Janet. Il n’aima pas le climat de l’École : les jeunes normaliens lui paraissaient s’abandonner à une philosophie superficielle. Il eut cependant pour deux de ses professeurs, Fustel de Coulanges et Émile Boutroux, une admiration réelle.
C’est surtout par la lecture qu’il découvrit ses véritables maîtres : Spencer, Renouvier et surtout Auguste Comte. De Spencer et de Comte, il retint le modèle d’une recherche sur les lois guidant l’évolution des sociétés. De Comte, il conserva la préoccupation de constituer la sociologie en une discipline autonome, ayant son champ d’application propre. De Renouvier, il hérita l’idée de faire de la morale une science positive. Ces trois préoccupations constituent des traits permanents de l’œuvre de Durkheim.
Dans De la division du travail social, il tente de mettre en évidence une grande loi évolutive, un peu à la manière de Comte. Ensuite, il renoncera à faire de la recherche de telles lois le centre du travail du sociologue, mais il gardera toujours le souci d’analyser l’« évolution » des institutions, comme il le montre notamment dans son œuvre pédagogique.
Le souci de constituer la sociologie en science autonome le guida toute sa vie. Toutes ses œuvres, Les Règles de la méthode sociologique, Le Suicideou ses écrits sur l’éducation, illustrent le désir de réserver à la sociologie des méthodes propres et une manière spécifique d’aborder son objet.
Quant à l’idée de faire de la morale une science positive, elle est présente à chacune de ses pages. Aussi bien la spéculation philosophique pure, à l’égard de laquelle il éprouva une grande répulsion à l’École normale, que la science désintéressée lui parurent toujours vaines. Ce qu’il lui importait avant tout était de constituer une science capable d’éclairer les sociétés sur leurs maux, capable d’indiquer les lignes d’action à partir desquelles il serait possible d’améliorer les rapports entre l’individu et la société. C’est pourquoi on trouve mêlées tout au long de son œuvre une analyse du fonctionnement des sociétés et une réflexion sur l’éducation : l’éducation n’est-elle pas le chemin privilégié par lequel l’individu s’insère dans la société ?
Durkheim fut en effet très sensible aux problèmes sociaux de son temps. Deux de ses livres parmi les plus importants : De la division du travail socialet Le Suicide, sont nés d’une réflexion sur les désordres sociaux qui découlent de l’industrialisation massive des sociétés de son temps. Cette réflexion est d’ailleurs guidée par le climat de la IIIe République et[…]
Dans ses Règles de la méthode sociologique, Durkheim donne un objet à la sociologie en le définissant essentiellement comme une force sociale. Alors qu’il aurait logiquement dû proposer des méthodes inspirées des sciences physiques, Durkheim préfère s’inspirer de la biologie et faire du sociologue un « vivisectionniste » du social. Cette transposition apparaît ainsi comme une transposition manquée des méthodes des sciences de la nature. Elle aboutit à considérer la société comme un corps et non comme un champ de forces ce qui aurait pu permettre de quitter une méthodologie trop holiste en prenant en compte à la fois des forces sociales mais aussi les forces individuelles. En prenant au sérieux la définition que Durkheim donnait du fait social s’ouvrent ainsi de nouvelles perspectives de recherche plus adaptées à la complexité et à la complexification des sociétés contemporaines.