Une enfance paisible, un règne tourmenté
« Ce que j’admire le plus en lui, c’est que, dans des difficultés extraordinaires et hors du commun, il parvint à survivre et à sauver l’Empire. » Ce jugement de l’historien Dion Cassius est un des plus exacts qui aient été portés sur l’empereur philosophe. Dès l’instant où Marc Aurèle accède à la dignité impériale, en effet, les catastrophes naturelles, les difficultés militaires et politiques, les soucis et les deuils familiaux vont fondre sur lui et l’obliger à une lutte de tous les jours.
Né en 121, le futur Marc Aurèle, qui s’appelait alors Marcus Annius Verus, eut une enfance et une jeunesse que l’on peut qualifier de paisibles et d’heureuses. Après la mort de son père, survenue alors qu’il avait à peine trois ans, il avait été remarqué, protégé, favorisé par l’empereur Hadrien. Peu avant de mourir, en 138, celui-ci, pour assurer sa succession, adopta Antonin, l’oncle par alliance du futur Marc Aurèle, en lui demandant d’adopter à son tour ce dernier, ainsi que Lucius, fils de cet Aelius Caesar qu’Hadrien avait d’abord choisi comme héritier présomptif et qui venait de mourir. Le 10 juillet 138, Antonin succède à Hadrien ; un an après, Marc Aurèle reçoit le nom de « César » et, en 145, il épouse Faustina, la fille d’Antonin. La correspondance qu’il échange avec Fronton, son maître de rhétorique, et qui s’étend sur près de trente ans – de 139 (Marc Aurèle a 18 ans) à 166 (date de la mort de Fronton) –, nous fournit de précieux détails sur cette période de la vie de Marc Aurèle et sur son comportement à la cour d’Antonin : la vie familiale, les maladies des enfants, la chasse, les vendanges, les études ; les devoirs de rhétorique qu’il envoie fidèlement à Fronton ; la tendre amitié qui lie le maître et l’élève ; la conversion de Marc Aurèle à la philosophie (en 146-147), qui ternit un peu les relations avec le maître. À la mort d’Antonin (161), Marc Aurèle, à l’âge de trente-neuf ans, devient empereur et il associe immédiatement à l’empire Lucius, son frère d’adoption.
L’année même de leur commune accession à cette charge, les Parthes envahissent les provinces orientales de l’Empire. La campagne commence par un désastre pour l’armée romaine. Lucius est envoyé en hâte en Orient, où d’ailleurs, sous la conduite de deux généraux aguerris, Statius Priscus et Avidius Cassius, les Romains reprennent l’avantage (163-166), envahissent le royaume Sparthe et s’emparent de Ctésiphon et de Séleucie.
À peine terminées les cérémonies célébrant le triomphe des deux empereurs après la victoire (166), les nouvelles les plus alarmantes parviennent d’une autre frontière[…]