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Bruno Bettelheim Psychanalyste des autistes

Bruno Bettelheim est un psychanalyste et pédagogue américain d’origine autrichienne.

Il effectue son parcours universitaire en philosophie à Vienne, où est conservée sa thèse de doctorat. Il s’intéresse ensuite à la psychanalyse, se forme auprès des psychanalystes de l’École de Vienne.
Son père étant mort prématurément de la syphilis, il lui succède à la tête de son commerce de bois.

Arrêté par les nazis en mai 1938, il est déporté dans les camps de concentration de Dachau puis, après les accords de Munich, de Buchenwald. Libéré en mai 1939, il émigre aux États-Unis. Son expérience des camps de concentration est une des clés de ses théories psychanalytiques. Il publie en 1943 « Comportement individuel et comportement de masse dans les situations extrêmes », dont la lecture est rendue obligatoire par Eisenhower pour tous les officiers américains en Allemagne. Cet ouvrage est complété par « Le cœur conscient » (1960).

Il s’est rendu célèbre par la publication de livres de vulgarisation où il explique les théories pédagogiques et psychothérapiques, nouvelles à l’époque, mises en œuvre à l’École d’orthogénie de l’Université de Chicago qu’il a dirigé pendant trente ans.
Ses théories sur les causes de l’autisme, exposées dans la « Forteresse vide » (1967), sont aujourd’hui largement remises en cause, par les progrès de la génétique, et par nombre de psychanalystes.

Il a entre autres publié: « Les blessures symboliques » (1954), « Les enfants du rêve » (1969), « Un lieu où renaître » (1974), « Psychanalyse des contes de fées » (1976), « Survivre » (1979), « Dialogues avec les mères » (1962).

Ayant perdu sa femme et redoutant la dégradation de sa santé, il se suicide le 13 mars 1990 à l’âge de 86 ans.

Plongez dans l’univers fascinant de Bruno Bettelheim, un homme dont la vie et l’œuvre ont marqué des générations. Né en Autriche, Bettelheim a vécu une existence riche en émotions, parcourue de hauts et de bas. Son travail révolutionnaire dans le domaine de la psychologie a profondément influencé notre compréhension de l’enfance et de l’éducation. Mais Bettelheim était bien plus qu’un simple psychologue. Sa créativité sans limites l’a conduit à explorer de nouveaux horizons, à repousser les frontières de la pensée conventionnelle. Ses écrits, empreints d’une sensibilité profonde, ont touché le cœur de nombreux lecteurs, les transportant dans un monde où l’imagination et les émotions se mêlent harmonieusement. Aujourd’hui, l’héritage de Bruno Bettelheim continue de vivre à travers ses livres intemporels. Plongez-vous dans ses pages et laissez-vous emporter par sa prose créative et émotionnelle. Découvrez le pouvoir de l’esprit humain et la beauté de la vie à travers les yeux d’un homme qui a su capturer l’essence même de l’existence.

Se gardant aussi bien de la perspective hagiographique que du

portrait anecdotique, l’imposant ouvrage que Nina Sutton consacre à Bruno Bettelheim est à même de devenir la référence s’agissant de celui qui dirigea pendant près de trente ans l’Ecole orthogénique de Chicago, et dont l’annonce du suicide, le 13 mars 1990, jour anniversaire de l’entrée des nazis dans Vienne, sa ville natale, provoqua émotion et stupeur. En France notamment, où son livre, la Forteresse vide (1), consacré au traitement d’enfants autistes, avait connu un succès rare pour ce genre d’ouvrages, tout comme la diffusion, en octobre 1974, de l’émission de Daniel Karlin et Tony Lainé consacrée à l’Ecole et à ses méthodes.

La disparition de Bruno Bettelheim n’empêcha pas une brève mais violente reprise de la polémique entre les tenants de l’origine organique de l’autisme et de la psychose et les défenseurs de l’approche psychanalytique, ces derniers, Bruno Bettelheim notamment, étant accusés de chercher à culpabiliser les parents, les mères en particulier, et de mettre en cause la sacro-sainte cellule familiale. Passés ces remous, le sentiment persista que venait de disparaître une personnalité dont la vie mouvementée et les discours contradictoires exigeaient tôt ou tard, si on voulait les saisir autrement que sous l’emprise de la séduction ou de la haine, un ensemble d’informations dont la rareté ne manquait pas de surprendre.

«Beno Brutalheim»

En fait de surprise, celle que rencontre Nina Sutton aux Etats-Unis, où elle commençait de recueillir souvenirs et témoignages, était de taille. «L’affaire» venait en effet d’éclater, moins d’un mois après la disparition du «Dr B.», par le biais d’une lettre d’un ancien élève publiée dans un bulletin associatif, le présentant comme sujet à de violentes crises de colère au cours desquelles il insultait et battait cruellement les enfants. Quelques jours plus tard, le scandale gagna l’ensemble de l’Amérique: un autre ancien élève, devenu journaliste, publiait un article de même teneur dans le Washington Post, article dont la reprise par l’International Herald Tribune conférait à «l’affaire» une dimension internationale. A la question centrale ­ Bruno Bettelheim battait-il ou non les enfants de son école?­, la réponse dominante fut affirmative, donnant lieu à un nouvel article dans Newsweek, intitulé «Beno Brutalheim». Relayées par le courant négationniste antifreudien, les attaques, au-delà du directeur d’une école que d’aucuns comparaient maintenant à l’Irak de Saddam Hussein, visaient bientôt le psychanalyste, sa formation, ses diplômes, sa vie à Vienne jusqu’en 1938, allant jusqu’à l’accuser de plagiat à propos de l’un de ses derniers ouvrages, Psychanalyse des Contes de fées (2). Cette dernière mise en cause ne dura pas mais elle n’en laisse pas moins derrière elle, comme l’écrit Nina Sutton, «une vague odeur de fraude à ajouter à toutes les autres accusations».

Si Nina Sutton a pris au sérieux ce procès pour charlatanisme, imposture et falsification, c’est qu’elle a tout de suite repéré que ce tumulte, presque totalement ignoré en France, manifestait l’existence d’un insurmontable malentendu entre des acceptions antagonistes de l’inconscient, et qu’à suivre cette sorte de symptôme, elle ne manquerait pas d’atteindre aux ressorts ­ mélange de tragique, de grandeur et de démesure ­ d’une vie marquée à tout jamais par la découverte freudienne d’un côté et par la barbarie nazie de l’autre.

Une indicible détresse Le récit de cette véritable odyssée, depuis la naissance en 1903 dans une famille juive assimilée, en plein «âge d’or» de l’empire des Habsbourg, jusqu’aux heures sombres d’une vieillesse honnie, traquée par la hantise de l’invalidité, nous confronte d’abord à l’étendue de notre ignorance et à l’inanité des jugements qu’elle autorisait.

Les difficultés de son enfance, sa laideur, sa santé fragile, le manque d’affection maternelle, le drame de la maladie «honteuse» du père, les ambitions intellectuelles brisées par la nécessité de reprendre l’entreprise familiale de vente de bois, le mariage raté avec Gina, l’interruption brutale de l’analyse avec Richard Sterba lors de l’Anschluss, la déportation à Dachau et à Buchenwald où il rencontre Emet Fedem, le fils du compagnon de Freud, et où, «dans la peur, l’angoisse et l’humiliation permanentes», se forge le futur théoricien des «situations extrêmes», l’exil aux Etats-Unis, le divorce, le douloureux constat du désintérêt et de l’incompréhension des autres à l’égard de l’enfer des camps, le mariage avec Trude et cette paternité à laquelle il s’autorise enfin, les «années magiques» de l’Ecole orthogénique et les rencontres avec des collaboratrices exceptionnelles, la culpabilité et les polémiques à propos de la Shoah, les relations complexes avec Raul Hilberg et Hannah Arendt, ses déclarations blessantes et sa difficulté à admettre l’abîme qui sépare l’univers concentrationnaire des camps d’extermination, les déconvenues du séjour en Israël et le difficile départ de l’Ecole, c’est cette succession de temps forts et de drames que Nina Sutton a minutieusement reconstituée pour retrouver l’homme Bettelheim, pour entendre, au sens psychanalytique du terme, son indicible détresse, son immuable solitude et son acharnement à vaincre l’enfermement, sans que jamais cette considération des déterminants inconscients ne donne lieu à une quelconque psychanalyse sauvage.

Alors, les mensonges et les vantardistes, les reconstructions approximatives du passé, les silences mais aussi la dépression chronique et ce caractère insupportable, capable, c’est vrai, de donner libre cours aux propos belliqueux et intempestifs, à la violence du ton et à la brutalité du geste, autant d’éléments qui alimenteront l’incompréhension, l’amertume et le ressentiment, tout cela trouve son sens: celui d’une lutte angoissée et sans fin contre l’emprise mortifère dont il avait compris très tôt, avant même les camps, qu’elle commande cet effroyable isolement dont il voulait libérer ces enfants dits «différents», et cela en usant de méthodes dont Nina Sutton établit avec précision qu’elles n’étaient pas toujours, et ne pouvaient pas être, de l’ordre d’une psychanalyse de salon.

Respectueuse des opinions de ceux qui, après sa mort, témoignèrent contre lui, reconnaissant sans détour ce que le personnage pouvait avoir d’injuste et même d’odieux, Nina Sutton prend parti: pour le «Dr B» bien sûr, mais plus encore pour ce sur quoi et avec quoi il travaillait, la vie psychique, c’est-à-dire l’inconscient, dont elle nous fait souvenir qu’il est avant tout violence et subversion, qu’il échappe à l’ordre du mesurable et fait qu’une vérité n’est jamais toute.

En ces temps d’atermoiements, de retour massif de la psychologie comportementale, du primat de la référence biologique et des idéologies familialistes, Nina Sutton a trouvé les mots et le style qui convenaient pour rappeler, aux psychanalystes et aux autres, que la démarche de Bruno Bettelheim était celle d’un combattant et qu’elle est toujours d’actualité.

1) Bruno Bettelheim, l’Autisme et la Naissance de soi, Gallimard, 1989.

2) Ce livre, ainsi que quatre autres ­ Freud et l’âme humaine, L’amour ne suffit pas, Pour être des parents acceptables et Dialogues avec les mères ­, vient de faire l’objet d’une réédition en un volume chez Robert Laffont, collection «Bouquins», avec une introduction de Danièle Lévy. Journal Libération

La mort de Bruno Bettelheim Le psychanalyste américain, spécialiste de l’autisme infantile, a mis fin à ses jours, à l’âge de quatre-vingt-six ans

Le psychiatre-psychanalyste américain d’origine autrichienne Bruno Bettelheim, universellement connu pour ses travaux sur les enfants psychotiques et, en particulier, sur les enfants autistes, s’est donné la mort, mardi 13 mars, à Silver Spring, près de Washington. Il était âgé de quatre-vingt-six ans. Selon le médecin légiste, qui s’est refusé à donner tout autre détail, Bruno Bettelheim s’est  » suicidé par asphyxie « .

Viennois, Bruno Bettelheim l’était autant par l’état civil que par l’esprit. Né en 1903, dans une famille de la bourgeoisie juive cultivée, il avait été élevé dans l’idée qu’il n’aurait jamais besoin de gagner sa vie. La première guerre mondiale, l’effondrement de l’Empire austro-hongrois, l’inflation, ainsi que l’extrême misère de l’immédiate après-guerre, balaieront d’un coup et ses rêves et la fortune familiale des Bettelheim.

Il hésite alors entre deux formes d’engagement difficilement compatibles : la psychanalyse et le socialisme. Il opte finalement pour la psychanalyse, persuadé que  » si seul l’homme de bien peut créer une bonne société, il faut trouver le moyen de modifier l’homme, afin qu’il devienne capable de créer une société à son image et de la perpétuer « . A cet égard, la psychanalyse lui parait susceptible d' » améliorer l’homme concret « . Son intérêt pour la psychologie de l’enfant date de ces années viennoises : avec sa femme, il accueille chez lui une fillette schizophrène que sa mère avait amenée des Etats-Unis pour la confier à Freud.

Un regard différent

Mais dès l’Anschluss, Bruno Bettelheim est directement menacé, à la fois comme juif, comme intellectuel et comme membre actif de diverses organisations anti-nazies. Il sera déporté à Dachau d’abord, puis à Buchenwald. Libéré une année plus tard, il émigre aux États-Unis où il écrit sur son expérience concentrationnaire une étude : Comportement individuel et comportement de masse, que le général Eisenhower fit lire à tous les officiers américains se battant en Europe.

Jusqu’à sa mort, Bettelheim ne cessa de s’interroger sur ce qu’il avait vécu dans les camps nazis. Dans un de ses livres, le Coeur conscient, il a retracé l’expérience unique par bien des aspects d’un psychanalyste confronté à la dégradation systématique de l’homme et aux conséquences psychologiques qu’elles entrainèrent pour ceux qui en étaient les victimes. Il décrivit minutieusement la stratégie poursuivie par la Gestapo dans les sévices, les tortures et les humiliations diverses qu’elle infligeait aux détenus.