Au printemps 1942, la situation des Alliés est délicate. L’Allemagne triomphe sur tous les fronts.
Conçu dans l’idée de donner des gages de bonne volonté aux Russes qui réclament l’ouverture d’un second front, le Raid sur Dieppe vise à entretenir chez les Allemands la crainte d’une attaque à l’ouest et de les contraindre à redistribuer leurs forces pour réduire la pression à l’Est.
L’Opération Rutter, programmée le 8 juillet 1942, est annulée en raison de très mauvaises conditions atmosphériques.
Finalement reportée, elle est rebaptisée Opération Jubilee. Son objectif sur le plan militaire ? Déterminer s´il est possible de s´emparer d´un port en vue d’un débarquement des très nombreuses troupes nécessaires pour libérer l´Europe.
Au matin du 19 août 1942, de Sainte-Marguerite à Berneval, huit plages de la région dieppoise sont le théâtre de combats.
Chacune des attaques a pour objectif des sites stratégiques. Ce coup de main ne doit pas durer plus de 10 heures.
6 100 hommes de huit nationalités au moins sont engagés à terre, sur mer et dans les airs : 5 000 Canadiens, des commandos britanniques, des Américains, des Polonais, des Tchèques, des Australiens, des Néo-Zélandais ainsi que des éléments des Forces françaises libres.
L’Opération Jubilee se solde par un bilan dramatique : les Alliés enregistrent 1 200 tués (dont 913 Canadiens), 1 600 blessés et plus de 2 000 prisonniers. Parmi la population civile de la région dieppoise, le bilan fait état de 48 tués et d’une centaine de blessés. L’armée du Reich comptabilise pour sa part près de 600 morts ou disparus et près de 300 blessés. Ainsi, plus de 1 800 personnes trouvèrent la mort au cours de cet affrontement de moins de dix heures.
Un chiffre qui traduit l’intensité des combats du Raid du 19 août 1942 sur Dieppe.
Particulièrement meurtrière, l’Opération Jubilee demeure controversée. On retiendra toutefois qu’elle fut riche d’enseignements pour la préparation du Débarquement du 6 juin 1944 sur les plages de sable de Basse-Normandie.
Les chars du Calgary Regiment cumulent également les difficultés. Débarqués en retard – avec des groupes d’accompagnement du Génie Royal Canadien pratiquement anéantis – ces blindés manquent cruellement à l’infanterie durant les premières minutes de l’attaque, les plus critiques. Sur les 50 chars Churchill prévus, seuls 27 réussissent à débarquer et peinent à gagner les pelouses. Malgré leur appui, aucune avancée n’est possible. Les murs de béton qui barrent les accès vers l’intérieur de Dieppe demeurent infranchissables. Même immobilisés, ils appuieront néanmoins l’infanterie, contribuant à la retraite.
Les hommes du Commando A des Royal Marines sont les derniers à débarquer. Eux non plus ne pourront pas accomplir leur mission.
A 9h35, commençant à se rendre compte de l’ampleur du désastre, le commandement allié donne l’ordre de retraite. Celui-ci est fixé à 11 heures. A 13h08, les derniers survivants se rendent aux hommes du 571e Régiment d’Infanterie allemand. 450 hommes auront donné leur vie sur la plage de Dieppe.
Débarquées sur la “plage blanche” – partie ouest de la plage – quelques unités du “Royal Hamilton” se lancent à l’assaut, traversent la plage sous un déluge de feu et parviennent, après une heure de combat, à s’emparer du rez-de-chaussée du casino – alors situé à l’emplacement de la piscine des Bains – que les Allemands ont transformé en blockhaus très puissamment défendu. De petits détachements progressent même au-delà.
Celui que commande le capitaine Hill atteint l’église Saint-Rémy, mais, isolés, ses hommes sont contraints de refluer vers la plage. Le sergent Hickson et son groupe de dix-huit hommes, dont la mission est de faire sauter le central téléphonique, traversent le casino et le Petit théâtre, pénètrent dans la ville et attaquent, au corps à corps, un point d’appui allemand dont ils éliminent les défenseurs et parviennent à regagner la plage. Deux de ces soldats canadiens sont tués derrière l’église Saint-Rémy, dans l’actuelle rue du 19 août 1942.
Sur le flanc Est, seul le groupe du sergent-major Stapleton de l’Essex Scottish parvient à ouvrir une brèche dans les barbelés, à traverser les pelouses et à progresser vers le port.
Débarquées sur la “plage blanche” – partie ouest de la plage – quelques unités du “Royal Hamilton” se lancent à l’assaut, traversent la plage sous un déluge de feu et parviennent, après une heure de combat, à s’emparer du rez-de-chaussée du casino – alors situé à l’emplacement de la piscine des Bains – que les Allemands ont transformé en blockhaus très puissamment défendu. De petits détachements progressent même au-delà.
Celui que commande le capitaine Hill atteint l’église Saint-Rémy, mais, isolés, ses hommes sont contraints de refluer vers la plage.
Le sergent Hickson et son groupe de dix-huit hommes, dont la mission est de faire sauter le central téléphonique, traversent le casino et le Petit théâtre, pénètrent dans la ville et attaquent, au corps à corps, un point d’appui allemand dont ils éliminent les défenseurs et parviennent à regagner la plage. Deux de ces soldats canadiens sont tués derrière l’église Saint-Rémy, dans l’actuelle rue du 19 août 1942.
Sur le flanc Est, seul le groupe du sergent-major Stapleton de l’Essex Scottish parvient à ouvrir une brèche dans les barbelés, à traverser les pelouses et à progresser vers le port
A Puys, dénommée “plage bleue” (Blue beach), la mission des hommes du “Royal Regiment of Canada” et du “Black Watch” (Royal Highland Regiment) consiste à s’emparer de la batterie “Bismarck” et à prendre position sur la falaise de Neuville pour protéger le débarquement sur la plage de Dieppe.
Le succès de cette opération exige silence et obscurité. Ces deux facteurs font défaut ! A 5h05, lorsqu’ils passent à l’assaut de cette plage de galets extrêmement étroite barrée par un énorme mur de béton et surplombée de falaises abruptes, les soldats Canadiens sont accueillis par de très violents tirs des nids de mitrailleuses et de mortiers installés sur les hauteurs. La première vague d’assaillants est complètement décimée. De plus, à la faveur du lever du jour, les Allemands ajustent leurs tirs tandis que les bâtiments de la marine sont en retard suite à une erreur de cheminement.
L’intervention tourne au massacre. Privés d’appui, les survivants s’entassent au pied du mur surmonté de barbelés. Seuls quelques hommes emmenés par le lieutenant-colonel Cato parviennent à franchir cet obstacle, sans pouvoir aller très loin tant la riposte des éléments du Luftnachtrichten Regiment est nourrie.
A 6h30, l’opération se solde par un désastre. Les troupes sont immobilisées sur les galets. Leur évacuation est rendue impossible par le feu ennemi. Ultime solution pour sortir vivant de cet enfer : la reddition !
Sur plus de 550 soldats débarqués, 231 sont morts, les autres sont faits prisonniers. Jamais en une même journée au cours de toute la guerre, une unité canadienne ne subira autant de pertes humaines que sur la plage de Puys. Et tout cela, en seulement deux heures…
La bataille aérienne qui se déroule le 19 août 1942 dans le secteur de Dieppe est l’une des plus importantes depuis la Bataille d’Angleterre (août-décembre 1940) par le nombre d’appareils : 864 pour les Alliés, 450 pour les Allemands.
Le début des opérations semble confirmer les vues des tacticiens alliés, puisque jusque vers 9h, la maîtrise du ciel et l’initiative appartiennent aux appareils de la Royal Air Force. Pendant que les Spitfires assurent une couverture défensive entre 300 et 3000m d’altitude, les chasseurs bombardiers Hurricanes, les bombardiers moyens Blenheims et Bostons tentent de museler les défenses allemandes.
Malheureusement, ce bombardement a un résultat pratiquement nul, le calibre des armes de bord (20mm) et la puissance insuffisante des bombes (150 et 250kg) ne parvenant pas à entamer le béton des casemates et à réduire au silence les nombreuses batteries allemandes.
Les combats s’intensifient et bientôt de nombreuses colonnes de fumée noire marquent dans tout le secteur les points de chute des appareils abattus. Les bombardiers allemands (“Junker” 88, “Dornier” 17, “Heinkel” 111) tentent de s’en prendre à la flotte de débarquement, sans grand succès. Seul le destroyer Berkeley est touché. La bataille est essentiellement une affaire de chasseurs, engagés dans des dizaines de combats tournoyants de 300 à 5000 m d’altitude.
Le bilan de ces affrontements n’est pas favorable à l’aviation alliée qui accuse un taux de perte d’appareils de l’ordre de un pour deux : 106 contre 48 pour la Luftwaffe.
Par contre, les tacticiens tirent un certain nombre d’enseignements de cette bataille et peuvent élaborer de nouvelles méthodes de combat, tant pour les missions de chasse que pour les bombardements.
Avantage à l’aviation allemande
En tout début de matinée, les avions allemands sont peu nombreux, une brume persistante gêne considérablement les décollages des Jagdgeschwader (escadres de chasse) situés sur les aérodromes de Saint-Aubin, Deauville, Evreux, Dreux, Beaumont-le-Roger, St-Omer, Abbeville et Beauvais. A partir de 9h, les Focke-Wulf 190 et les Messerschmidt 109 apparaissent de plus en plus nombreux au-dessus de la région dieppoise. Les pilotes de la Luftwaffe compensent alors leur infériorité numérique par des ravitaillements extrêmement rapides.
Dans le courant du premier trimestre 1942, l’armée allemande mène activement la défense des côtes de la Seine-Inférieure (Seine-Maritime depuis 1955). Des canons en batteries semi-enterrées sont implantés. Des nids de mitrailleuses sont installés dans les falaises.
Ces multiples positions sont des objectifs du Raid du 19 août 1942.
A Dieppe, plusieurs blockhaus couvrent l’esplanade de la plage. Trois rideaux de barbelés, écartés de 5 mètres les uns des autres, isolent l’esplanade de la mer. Le réseau bordant le mur de la plage a plus de 2 mètres de large. De plus, ces barbelés se rétablissent automatiquement après le passage d’un char. Toutes les constructions du front de mer sont transformées en véritables fortins. Les accès au centre ville sont barrés de murs antichars…
Depuis début août 1942, les Allemands sont en alerte sur la zone ouest.
Dieppe est d’ailleurs très bien positionnée dans le dispositif côtier de surveillance aérienne. Un des huit radars Freya disposés de la Belgique au Havre est installé à Pourville et la Royal Air Force a ordre de ne pas le détruire pour permettre d’en récupérer des éléments.
Côté mer, excepté la présence présumée de mines, la marine allemande ne surveille que la frange côtière, ce qui explique une approche sans encombre jusqu’à l’accrochage à l’est du convoi avant le début des opérations terrestres.
La possibilité d’une attaque sur les côtes belges ou françaises est envisagée. Des renforts terrestres sont envoyés dans le secteur. L’aviation est dispersée sur plusieurs terrains.
Côté hommes, les Alliés estimaient les effectifs allemands à environ 2000 soldats sur le secteur de l’Opération Jubilee le 19 août 1942.
Un chiffre sous-évalué. Dieppe et ses environs sont alors notamment occupés par la 302e division d’infanterie commandée par le Generalmajor Conrad Haase dont le Q.G. est à Envermeu. Elle sera ensuite surnommée, “Division de Dieppe”.
Les pilotes poursuivent leur entraînement et participent à des exercices de combat. L’un deux s’achève le 17 août 1942. Il simulait un débarquement sur… Dieppe !
Le radar Freya, dont les imposants ancrages de béton sont encore visibles sur le coteau est de la vallée de Pourville, était un équipement capable de détecter des échos aériens distants de plus de cent kilomètres. C’était un des huit radars du même type disposés le long des côtes de la Belgique au Havre. Il constitua pour les Alliés, un des objectifs de l’Opération Jubilee. Certains avancent même qu’il aurait à lui seul motivé l’expédition sur Dieppe.
L’une des missions des hommes du South Saskatchewan Regiment débarqués à Pourville était d’attaquer cette installation. Dans un contexte de course à la suprématie dans la détection, il semble qu’il s’agissait de compléter les informations collectées lors du coup de main opéré à Bruneval (actuelle commune de Saint-Jouin-Bruneval), dans la nuit du 27 au 28 février 1942, sur le dispositif Wurzburg.
Un spécialiste de la détection anti-aérienne à la R.A.F., Jack Nissenthal, les accompagnait. Il avait pour rôle de recueillir des renseignements techniques sur cette station de surveillance aérienne. Selon les versions, entre quatre et dix hommes étaient chargés de l’abattre s’il tombait aux mains de l’ennemi. Il portait d’ailleurs un sac à dos bleu ciel afin d’être facilement identifié. S’il est admis qu’il ne put pénétrer dans l’installation, il est dit qu’il parvint à s’en approcher suffisamment en dépit du feu adverse pour en couper l’alimentation – il fut constaté que la station ne disposait pas de ligne de secours – et fournir un rapport dont les précisions permirent de compléter les informations recueillies précédemment – notamment à Bruneval – sur les défenses allemandes. Si cet homme réussit à rembarquer, en revanche, un seul de ses gardes du corps survécut.
C’est pour cette raison que la Royal Air Force avait pour ordre de ne pas détruire cette installation, laissant du même coup un moyen de détection précieux à disposition de l’aviation allemande.
Au soir du 18 août 1942, plus de deux cents navires appareillent de quatre ports anglais : Southampton, Portsmouth, Shoreham et Newhaven. La plupart servent au transport.
Quarante-huit sont chargés d’apporter un soutien de feu. Pour leur part, seize chasseurs de mines sécurisent deux voies de 720 m de large au milieu de la Manche. L’entrée de ces deux couloirs est signalée par quatre petites unités, des Motor launch. Malgré que de petits bateaux aient manqué ces chenaux, la flotte de l’Opération Jubilee progresse en silence et sans encombre sur une mer peu agitée et sous un ciel étoilé. Jusqu’au petit matin…
A une dizaine de milles des côtes, les navires de transport se mettent au mouillage. Les LCA (Landing craft assault, péniche de débarquement) sont mis à la mer puis les troupes sont transbordées. Les chaloupes prennent ensuite la direction de leurs plages respectives. Soudain, à l’extrême Est de la flotte, l’imprévisible se produit.
Il est 3h47. La tête du groupe 5, en route vers Berneval et Saint-Martin-en-Campagne, se retrouve au contact d’un convoi allemand en provenance de Boulogne. Un bref, mais violent accrochage éclate à trois milles des côtes. Le bruit de ce combat naval alerte les défenses côtières allemandes toutes proches qui entrent en action moins de dix minutes après l’engagement.
Heureusement, l’obscurité règne encore et la Kriegsmarine estime qu’il ne s’agit que d’une escarmouche avec une patrouille britannique. La réussite de l’opération est toutefois contrariée. Plusieurs barges sont coulées et le groupe 5 est dispersé.
Pour le reste de la flotte, les opérations de débarquement se déroulent plus ou moins bien.
A Pourville, Varengeville et Sainte-Marguerite, les troupes sont mises à terre sans problème particulier. En revanche, à Dieppe, des difficultés de communication entre les unités à terre et le Calpe, le navire de commandement, perturbent les opérations.
Surtout, la résistance allemande est beaucoup plus nourrie et plusieurs unités sont touchées.
Cibles privilégiées de l’aviation allemande en raison de leur rôle, les bâtiments d’appui frappent vers les positions ennemies localisées sur les falaises, mais faute de liaison avec les troupes, leur tirs manquent de précision.
Au moment du rembarquement, la flotte bravera la mitraille ennemie pour ramener les troupes vers l’Angleterre. Mais au total, trente-quatre navires (destroyer et unités de transport diverses) sont perdus.
Le HMS Berkeley, par exemple, touché accidentellement par les bombes d’un Dornier pris en chasse par des appareils de la RAF, est torpillé par un autre destroyer de Sa Majesté vers 13h40 pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’ennemi. La cloche de ce navire, remontée à la surface par des plongeurs du Grieme (Groupe de recherche et d’identification d’épaves de Manche Est) en 2001, est exposée au Mémorial du 19 août 1942.
L’Allemagne étend son emprise de Biarritz à Léningrad, d’Oslo à Athènes, et de l’océan Atlantique au Caucase. La victorieuse guerre éclair qu’espérait Hitler et ses généraux échoue devant Moscou en décembre 1941. Néanmoins, la p
ression exercée sur l’Armée rouge par le commandement allemand, à la tête de 200 divisions très combatives, demeure énorme et les colonnes motorisées nazies progressent à vive allure vers les gigantesques complexes industriels de la Volga ainsi que sur les champs pétrolifères de Bakou.
En 1942, « l’année terrible », l’Allemagne triomphe sur tous les fronts. Le Royaume-Uni perd Tobrouk, aux portes de l’Égypte. Le canal de Suez, artère vitale pour son économie de guerre, est directement menacé. Dans l’Atlantique, les « U-Boot » coulent deux fois plus de bateaux qu’en 1941. L’Union soviétique, au prix de pertes énormes en hommes et en matériel, contient difficilement la progression de l’armée allemande vers le Caucase, aux frontières de l’Iran et de la Turquie. Entre les deux mors de l’étau, il n’y a que quelques centaines de kilomètres de désert et de montagnes, ainsi qu’un rideau fragile composé de quelques divisions d’hommes du Commonwealth.
Depuis plusieurs mois, Staline insiste de plus en plus fermement auprès des gouvernements américain et britannique sur l’urgence d’ouvrir un second front à l’ouest de l’Europe afin d’obliger l’Allemagne à redistribuer ses forces et à diminuer ainsi la pression qu’elles font subir à l’Armée rouge. Roosevelt et l’État-major américain laissent entendre à Molotov, le ministre des Affaires étrangères de Staline en déplacement à Washington, qu’un débarquement pourrait avoir lieu sur les côtes françaises au cours de l’année 1942.
Churchill est très réticent à l’égard de l’initiative américaine, car sa vision politique du conflit le pousse plutôt à considérer qu’un débarquement en Afrique du Nord, et un second dans les Balkans « ventre mou de l’Europe », conviendraient mieux aux intérêts britanniques. Néanmoins, afin de donner des gages de bonne volonté aux Russes au moindre coût, car il doute désormais de leur capacité à résister beaucoup plus longtemps à la pression allemande, il accepte qu’une opération de portée limitée soit lancée sur les côtes françaises. Ce sera l’« opération Rutter », qui est rebaptisée « opération Jubilee » après un premier report.
L’emploi des troupes canadiennes est privilégié car celles-ci n’ont pratiquement pas été engagées depuis le début du conflit, ce qui place le Premier ministre Mackenzie King dans une position politique délicate.
Article détaillé : Ordre de bataille lors du débarquement de Dieppe.
Lors de l’opération Jubilee, les forces alliées se composent de :
Jubilee est une opération de très grande envergure militaire qui doit favoriser la propagande des Alliés entourant l’effort de guerre. Plusieurs sont sceptiques quant aux chances de réussites de cette offensive et la qualifient même comme perdue d’avance. Lord Mountbatten10, chef des opérations dans le raid de Dieppe, a, avec son équipe, écrit une histoire qui, peu importent les aboutissements de cette bataille, exprimera un message de victoire, un message qui n’exposera que les côtés positifs de ce raid. La guerre est loin du Canada et donc la population et les médias se renseignent très peu11. Ces mêmes médias croient et font confiance aux dires des militaires au front ce qui facilite l’assimilation de l’histoire montée de toutes pièces. Le message dit entre autres que cette opération a été un succès et que malgré les pertes on en a tiré une expérience militaire pour les batailles à venir. On veut utiliser cette offensive pour mousser l’effort de guerre, le recrutement et les campagnes d’emprunts de la victoire12. Pour que la propagande de Mountbatten soit efficace, les journalistes au front doivent se soumettre à une censure stricte pour ainsi permettre aux autorités militaires de filtrer l’information sortant publiquement13.
Toutes documentations papiers, photos ou
cinématographiques sont soumises à cette censure. Elles doivent obtenir une mention « approuvé pour publication »14, autrement elles ne peuvent être publiées. Toutes nouvelles qui sont moindrement négatives ou embarrassantes sont bloquées. Tous les correspondants de guerre sont encadrés par l’armée pour empêcher une « divulgation de renseignements utiles à l’ennemi, de préserver le moral des troupes et de rallier le public canadien à l’effort de guerre national. » On dit même que la propagande exercée par les Alliés rend « l’information en uniforme » et que cette même propagande transforme les représentants de la presse au front en appareil de propagande qui servira notamment à faire passer des informations qui pourraient être utiles pour augmenter la vente d’emprunts de la victoire14.
L’assaut principal sur Dieppe est lancé à 5 h 20 par le Royal Hamilton Light Infantry et par l’Essex Scottish Regiment. Au moment où les embarcations approchent de la rive, des chasseurs et des bombardiers légers de la Royal Air Force et de l’Aviation royale canadienne attaquent, tandis que d’autres livrent des combats sans merci aux avions de la Luftwaffe. Les canons de quatre destroyers de la Royal Navy pilonnent sans discontinuer les fortifications allemandes.
Les tirs meurtriers de la défense allemande qui prennent la plage et la Promenade en enfilade sèment la mort parmi les hommes du Royal Hamilton Light Infantry. Ils se lancent à l’assaut, traversent la plage sous un déluge de feu et parviennent, après une heure de combat, à pénétrer dans le casino que les Allemands ont transformé en blockhaus et qui est très puissamment défendu. De petits détachements progressent au-delà de la Promenade et pénètrent dans l’agglomération. Celui que commande le capitaine Hill atteint même le centre de la ville près de l’église Saint-Rémy, mais, isolés, ses hommes sont bientôt contraints de refluer vers la plage.
Char Churchill canadien abandonné après l’opération.
Le sergent George A. Hickson et son groupe de 18 hommes dont la mission est de faire sauter le central téléphonique, traversent le casino et le théâtre, pénètrent dans la ville et attaquent, au corps à corps, un point d’appui allemand dont ils éliminent les défenseurs et parviennent à regagner la plage.
À l’est de celle-ci, l’Essex tente à plusieurs reprises de franchir le mur qui le sépare de la Promenade sans y parvenir, tant est intense le feu de l’ennemi. Seul le groupe du sergent-major Stapleton parvient à ouvrir une brèche dans les barbelés, à traverser le terre-plein de la Promenade et à progresser de maison en maison vers le port.
Les neuf chars du régiment de Calgary qui devaient soutenir l’assaut de la première vague ont été débarqués par erreur trop à l’ouest de la plage et avec 15 minutes de retard pendant lesquelles l’infanterie est privée d’appui-feu. L’effet de surprise qu’ils devaient provoquer est perdu.
Vingt-neuf chars au total ont été débarqués durant l’opération. La moitié d’entre eux seulement atteint la Promenade mais sans pouvoir pénétrer dans la ville car les rues sont solidement murées. Depuis le début des combats, le major-général Roberts, commandant en chef des opérations terrestres, ne reçoit à bord du Calpe que des renseignements fragmentaires et, par conséquent, inexacts sur ce qui se déroule réellement à terre car les moyens de transmission de la plupart des unités à terre sont détruits ou endommagés. Il croit que l’Essex a pu pénétrer dans la ville, alors qu’il ne s’agit que du petit groupe de Stapleton… et afin d’exploiter la situation qu’il pense encore favorable, il prend la décision de faire débarquer les 600 hommes des Fusiliers Mont-Royal. Cette décision ne fait qu’accroître les pertes en vies humaines et ajouter au drame.
À 7 heures, à bord de 26 vedettes, les Fusiliers Mont-Royal approchent sous un feu implacable. À leur tête, le lieutenant-colonel Ménard, grièvement blessé dès l’accostage, débarque avec ses hommes qui sont immédiatement cloués sur la plage. Seuls quelques-uns d’entre eux, commandés par le sergent-major Lucien Dumais, parviennent à pénétrer dans la ville, mais harcelés par les patrouilles allemandes, ils refluent vers le casino et sont faits prisonniers.
Derrière l’église Saint Rémy, une femme aperçoit de sa fenêtre deux soldats canadiens cachés dans un arbre. Elle les désigne à une patrouille allemande qui les abat. Après la guerre cette rue prend le nom de Rue du 19 août 1942. Une stèle est érigée là où ils sont tombés.
D’autres avec Pierre Dubuc, traversant toute la ville, s’infiltrent jusque sur les quais du port où ils attaquent un bateau allemand. Cernés, à court de munitions, ils sont faits prisonniers eux aussi mais réussissent à s’échapper et à regagner la plage où ils rejoignent leurs camarades avec lesquels ils se défendent désespérément à l’abri précaire du mur qui borde la Promenade. Au milieu d’eux, le capitaine John Weir Foote, aumônier du Royal Hamilton Light Infantry, se dévoue sans souci des risques auprès des blessés et des mourants. Roberts a fait aussi débarquer le commando « A » des Royal Marines. Le lieutenant-colonel Joseph Picton-Phillipps, à la tête de la formation, s’approche de la côte sous un feu si terrible qu’il se rend compte immédiatement de l’impossibilité absolue de tout débarquement. Debout sur le pont de son engin de débarquement, il fait signe aux autres bateaux de faire demi-tour afin de se mettre à l’abri de l’écran de fumée, jusqu’à ce qu’il s’écroule, mortellement atteint, sauvant ainsi la plupart de ses hommes.
Quatre heures après que les premières vagues d’assaut ont été débarquées, l’échec de l’opération est total, en dépit des remarquables succès locaux obtenus par les groupes de Peter Young et de Lord Lovat. C’est aussi un désastre stratégique. Légèreté et improvisation dans la préparation, manque de jugement, dilution des responsabilités, choix désastreux du site de débarquement, tel est le diagnostic de l’état-major allié qui en tirera les leçons pour assurer le succès du débarquement en Normandie deux ans plus tard.
« Pendant les premières vingt-quatre heures, aucun reportage écrit par un correspondant de guerre n’est publié par la presse au Canada », il y avait un « black-out des témoignages oculaires »14. Le communiqué officiel qui avait été écrit d’avance était publié en premier et dressait le portrait erroné et incomplet de la situation de Dieppe14. On insiste fortement sur la réussite de l’opération, sur les leçons que l’on a pu en tirer, leçons qui seront utiles pour mener les Alliés à la victoire15. On met de l’avant les succès héroïques des soldats et leur bravoure12. Cette manœuvre médiatique a eu l’effet escompté, on voyait dans les journaux que c’était un succès, que les Canadiens-Français avaient été très braves et avaient contribué grandement à cette offensive. Les journalistes ont été mis au fait du désastre et ont demandé des comptes. Le périodique canadien, Le Devoir, est l’un de ceux qui doutent fortement de la fiabilité de l’information. On peut même lire en couverture le : « On craint que les pertes canadiennes n’aient été élevées à Dieppe »11. L’opération camouflage est de moins en moins efficace et donc les autorités militaires entreprennent la phase 2 de la propagande. On envoie des survivants tels que le lieutenant-colonel Dollard Ménard en tournée médiatique pour alimenter le mythe qui règne autour de Dieppe12. Les Canadiens vivent même dans un « imaginaire national. »11 Un des journalistes impliqués à la couverture de Dieppe, Ross Munro (en), fait même l’éloge lors de conférences, de l’effort des militaires au front, même si dans les faits, ce sont les paroles des officiers supérieurs et généraux qui sont exprimées, car il n’avait pas réellement vu ce qu’il rapportait12. Il était le porte-voix de l’armée. Un mois après la fin du raid, les vrais chiffres entourant les pertes sont dévoilés et on apprend que plus de la moitié des Canadiens envoyés au combat sont morts ou capturés16. Certains vont même jusqu’à penser que les Canadiens ont été les seuls sacrifiés dans cette bataille11. Même après le dévoilement des pertes de l’opération, Mountbatten continue de soutenir que c’était un succès. Bien que les chiffres réels entourant Dieppe ne fussent pas très positifs, certains journaux canadiens, tel que La Presse, ne tarissent pas d’éloges sur l’offensive contre les côtes françaises. D’autres, quant à eux, remettent en doute l’efficacité des stratèges militaires à prendre des décisions et leur manque de transparence à l’égard de la population et des médias. Ils croient que la population a le droit de savoir et de connaître la vérité11. Un constat plutôt négatif est tiré de toute cette opération : le raid de Dieppe, qui devait servir de propagande pour les Alliés, a dans les faits servi aux Allemands qui ont sauté sur l’occasion pour mousser leur propagande et augmenter la partisannerie au sein de leur pays12.
Prisonniers alliés, encadrés par des soldats allemands, en marche vers la captivité.
À Dieppe, le , Vanquish, nom de code pour l’ordre d’évacuation des plages, prévue à 9 h, est lancé pour 11 h. Les opérations de rembarquement s’effectueront sous la protection des canons du Calpe (L71) et des autres destroyers qui se sont avancés le plus près possible de la plage.
La Royal Air Force et la Royal Canadian Air Force multiplient leurs attaques tandis que s’intensifient les tirs de la Flak, la défense antiaérienne allemande. Cent-six avions ne rejoindront pas leur base au Royaume-Uni.
À 11 heures, la marée est basse et laisse toute la plage à découvert. Les hommes vont devoir la franchir sans protection pour embarquer sur les bateaux sauveteurs. Le tir incessant des armes automatiques, celui des mortiers, les explosions d’obus, le hurlement des avions qui attaquent en piqué, les cris des blessés enfin, rendent la retraite jusqu’aux bateaux particulièrement chaotique et meurtrière.
Pendant que les rares rescapés regagnent le Royaume-Unin. 6, des captifs par centaines entament leur longue marche vers les camps de prisonniers.
Plaque de remerciement à Marie en la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Dieppe.
Dès le lendemain, le chef du gouverment français Pierre Laval écrit au maire René Levasseur :
« J’ai appris avec une profonde satisfaction comment les fonctionnaires et la population se sont comportés hier. Au nom du Maréchal et en mon nom, je leur adresse toutes mes félicitations pour la discipline et le calme dont ils ont donné en présence de ces événements, un magnifique exemple. »
Lorsque le général Carl-Heinrich von Stülpnagel, commandant en chef (Militärbefehlshaber) des troupes d’occupation en France, apprend la nouvelle, il met à disposition du préfet de la Seine-Inférieure, le , une enveloppe de 10 millions de francs dédiée au « remboursement des dommages de guerre » et au « secours aux victimes civiles des bombardements anglais ».
Le geste est inhabituel, mais René Levasseur ne veut pas s’en contenter et il demande la libération des prisonniers dieppois, pour la plupart capturés pendant la bataille de France en . Avec le sous-préfet Michel Sassier, ils négocient avec l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW) cette mesure qui devrait être étendue aux autres villes touchées par les récents combats. La requête remonte jusqu’à Adolf Hitler qui accepte. Le , un télégramme envoyé de Berlin apporte la nouvelle :
« En reconnaissance de cette attitude de la population civile française, le Führer a ordonné que les prisonniers français domiciliés à Dieppe, Neuville-lès-Dieppe, Hautot-sur-Mer, Pourville, Petit-Appeville, Arques-la-Bataille soient libérés »
La nouvelle paraît dans la presse le lendemain et provoque une joie immense que le journal local La Vigie décrit : « chacun s’interpellait de porte en porte, on parlait de l’absent ; des larmes de bonheur coulaient des yeux de l’épouse, de la mère, de la fiancée qui comptent maintenant les jours qui les séparent encore de leur bien-aimé ».
Les Allemands n’ignorent pas que l’attitude passive des Français pendant les combats était commandée par les tracts anglais largués par avion avant le raid. Il est probable qu’avec cette initiative généreuse ils cherchent avant tout à atteindre un objectif de propagande et à renforcer les liens avec le régime de Vichy.
La liste des hommes à libérer est établie en toute hâte : la Croix-Rouge n’a qu’une liste de quelques centaines de noms, le maire en a quelques-uns aussi et les Allemands l’exigent pour le 28. Les services municipaux travaillent jour et nuit et une voiture équipée d’un haut-parleur parcourt les rues pour demander aux familles de faire recenser leurs parents concernés. Le , c’est une liste de 1 200 noms qui peut être envoyée au Militärbefehlshaber in Frankreich. Le , une liste supplémentaires de 600 noms est transmise.
Au total, 1 581 prisonniers reviennent des stalags et des oflags en trois convois : 984 arrivent le , 316 le et 281 les et 17,18.
Les détenus de Belleville-sur-Mer, Berneval, Sainte-Marguerite et Varengeville ne sont pas libérés. Les 10 millions de francs promis sont versés, mais doivent être partagés avec Rouen qui avait été bombardée le . À la libération de la ville par la 2e division du Canada le , René Levasseur est destitué et remplacé par Pierre Biez19.
Les forces allemandes se composent de 1 500 hommes principalement du 571e régiment d’infanterie de la 302e division d’infanterie. Les Allemands disposent aussi en renfort de la 10e Panzerdivision, à Amiens, et de la SS Brigade Leibstandarte Adolf Hitlern. 2, à Vernon. Mais ces unités n’auront pas le temps d’intervenir dans la bataille[réf. nécessaire].
L’opération Rutter est une opération de portée limitée sur les côtes françaises dont le port de Dieppe est l’objectif.
Lord Mountbatten, proche du roi George VI et chef du Quartier général des opérations combinées (QGOC) depuis mars 1942, est chargé de l’organisation de cette opération, à laquelle participent la marine et l’aviation britanniques ainsi que quelques navires des Forces navales françaises libres. Les troupes d’assaut sont constituées par des unités du Corps d’armée canadien, commandé par le général Crerar. Aucun officier ne participe à la planification du raid7.
L’opération Rutter doit se dérouler le . Elle est annulée, en raison des très mauvaises conditions atmosphériques qui règnent sur la Manche, alors que les troupes d’assaut sont embarquées depuis plusieurs jours à bord des bateaux qui doivent les déposer sur la côte française. De plus, on signale la présence de la 10e Panzerdivision qui vient d’être retirée du front de l’Est et mise au repos à Amiens. Le plan prévoit aussi des bombardements préliminaires intensifs, mais la mauvaise visibilité compromet cette partie du plan et, par conséquent, la fiabilité du reste de l’opération. Pour l’état-major britannique et le général Montgomery, commandant en chef des Forces britanniques du Sud de l’Angleterre, l’annulation est définitive puisque, entre autres raisons, le secret de l’opération ne peut plus être assuré du fait que plusieurs milliers d’hommes ont regagné leur cantonnement à terre. Le succès d’une reprise de l’opération paraît, dans ces conditions, sérieusement compromis.
Mountbatten et ses collaborateurs du QGOC décident de leur propre autorité, sans concertation et sous la pression américaine, la reprise du raid quels qu’en soient les risques. Cette décision est facilitée par le fait que Montgomery est alors affecté en Égypte et que le contre-amiral Baillie-Grohman, commandant les forces navales de l’opération, qui avait lui aussi manifesté de sérieuses réserves, est remplacé par le contre-amiral Hughes-Hallett, bras droit de Mountbatten.
L’opération Jubilee n’a jamais été pensée comme une bataille dans le but de conquérir et de tenir un territoire de façon permanente, mais plutôt comme un raid, une action éclair au terme de laquelle on se retire8. L’objectif officiel est de tester les défenses d’un port en vue d’un débarquement. Mais un film documentaire britannique explique qu’il s’agissait surtout de s’emparer de machines à chiffrer Enigma à 4 rotors, à l’état-major de la Kriegsmarine de Dieppe et à bord des bateaux à quai dans le port. Elle repose désormais exclusivement sur les épaules des troupes d’assaut de la 2e division d’infanterie canadienne commandée par le général John Hamilton Roberts. Ses hommes, pour la plupart, ont suivi un entraînement intense au Royaume-Uni, mais n’ont jamais connu l’épreuve du combat.
Le , à 3 h du matin, ce sont 150 navires, répartis en 13 groupes qui traversent la Manche. À 4 h 45, les troupes canadiennes et deux commandos britanniques accompagnés de 50 rangers américains et 15 fusiliers marins commando des Forces navales françaises libres débarquent, sur un front de 20 km, en quatre points de la côte de part et d’autre du port de Dieppe où est porté l’effort principal une demi-heure plus tard. Parmi les embarcations de débarquement se trouvent des Landing Craft Assault (LCA) pour le débarquement des troupes, des Landing Craft Mechanized (LCM) pour le débarquement des véhicules, des Landing Craft Tank (LCT) pour le débarquement des blindés et des Higgins Boat ainsi que de nombreuses petites embarcations qui complètent ce convoi dont la couverture aérienne est assurée par des bombardiers et chasseurs dont une soixantaine de Spitfire Mk IX. Le point de débarquement est une côte inhospitalière bordée par des plages de galets que surplombent les parois verticales de falaises truffées de défenses de toutes sortes : batteries de canons à longue portée, mortiers, nids de mitrailleuses, bunkers bétonnés, emplacements de tir individuels. Des réseaux de fil de fer barbelé hauts de plusieurs mètres encerclent la ville et obstruent les rares ravines qui permettent d’accéder au sommet des falaises où l’ennemi s’est retranché. C’est à l’assaut d’une véritable forteresse que 5 000 hommes vont se lancer. 1 500 d’entre eux y trouvent la mort et 3 000 y sont blessés ou faits prisonniers.[réf. nécessaire]
Ce débarquement doit s’effectuer sur cinq secteurs différents, depuis Berneval et le hameau de Puys, à l’est, jusqu’à Pourville et Quiberville, à l’ouest.
Au large de Berneval, 23 péniches de débarquement transportent le commando no 3 qui doit débarquer à 4 h 50, soit 15 minutes après le lever du jour. C’est l’opération « FLODDEN ». Sept d’entre elles seulement atteignent la côte. Les autres sont dispersées à la suite d’un combat avec des navires allemands faisant route vers Dieppe et dont la présence a pourtant été signalée à deux reprises par l’Amirauté britannique au capitaine Hughes-Hallett, commandant les forces navales de l’opération, qui ne reçoit pas les messages ou les ignore délibérément… L’avantage de l’effet de surprise est perdu et la défense allemande est en alerte. Néanmoins, l’opération se poursuit.
À 4 h 45, 120 hommes et quelques rangers américains à bord de six péniches débarquent à l’est de la position qu’ils doivent attaquer. Ils sont immédiatement cloués sur la plage par le feu des défenseurs allemands retranchés au sommet de la falaise et qui tirent comme à l’exercice. Ils luttent âprement pendant plus de cinq heures, puis, succombant sous le poids de leurs morts et de leurs blessés, ils sont contraints de se rendre.
Sépulture d’Edward V. Loustalot au Cimetière militaire américain de Neuville-en-Condroz
À quelques centaines de mètres à l’est de l’entrée du port de Dieppe, la falaise de Puys se dresse verticalement au-dessus d’une plage étroite, barrée par un mur haut de 4 mètres surmonté par des rouleaux de fil de fer barbelé. Les pièces d’artillerie que les Allemands y ont installées commandent directement l’entrée du port de Dieppe et toutes les maisons qui bordent la falaise et la plage ont été transformées en blockhaus. Les 600 hommes du Royal Regiment of Canada et du Black Watch lancés à l’attaque ne pouvaient trouver pire point de débarquement. La première vague d’assaut aborde le rivage avec 20 minutes de retard sur l’horaire prévu. Le jour est maintenant levé et la défense allemande est en état d’alerte.
Des tirs d’armes automatiques, des explosions d’obus et de grenades, des tirs de mortiers immobilisent les hommes sur la plage, alors que leurs camarades sont tués ou blessés avant même d’avoir pu quitter la passerelle de leur péniche. En cinq minutes, le bataillon est réduit à l’effectif de quelques dizaines d’hommes et le carnage se poursuit au fur et à mesure que débarquent les vagues d’assaut suivantes. À 8 h 30, après trois heures de combats, les soldats canadiens survivants se rendent.
Seuls quelques hommes, sous le commandement du colonel Catto, ont pu dépasser la plage, grimper sur la falaise et s’emparer de deux maisons fortifiées. Mais leur retraite est rapidement coupée. Isolés en terrain ennemi, ils sont contraints de se rendre à 16 h 30.
Plaque commémorant le Commando no 4 à Sainte-Marguerite-sur-Mer.
À l’ouest de Dieppe, Lord Lovat, qui s’illustrera plus tard lors du débarquement de Normandie, débarque entre Quiberville et Sainte-Marguerite-sur-Mer avec 160 hommes (opération Cauldron9). Le commando no 4 progresse rapidement vers l’intérieur des terres le long de la vallée de la Saâne pour prendre à revers la puissante batterie côtière de six canons de 150 mm qui interdit l’entrée du port de Dieppe, tandis que par la valleuse de Vasterival, Mills-Roberts, adjoint de Lovat, et ses 90 hommes attaquent de front. Les deux groupes chargent à la baïonnette, neutralisent la batterie, détruisent les canons, et redescendent sur la plage où ils rembarquent, emmenant leurs prisonniers. Modèle d’exécution, ce fut la seule phase de l’opération sur Dieppe qui se déroula comme prévu.
Au même moment, à Pourville, le South Saskatchewan Regiment est mis à terre du mauvais côté de la rivière Scien. 5 avec mission de tenir la plage et la ville afin de permettre aux Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada, qui débarqueront une demi-heure plus tard, de faire leur jonction avec les chars du régiment de Calgary qui doivent accoster à Dieppe, en vue d’attaquer l’aérodrome de Saint-Aubin et le Quartier général de la division allemande, que l’État-major britannique croit situé à Arques.
Le South Saskatchewan Regiment, qui devait aussi s’emparer d’une station radar située sur la falaise et la détruire après en avoir prélevé les instruments scientifiques, échoue dans sa tentative. Les Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada progressent de 1,5 km à l’intérieur des terres jusqu’au village de Petit-Appeville. Attaqués par le 571e régiment d’infanterie allemand arrivé en renfort, ils doivent refluer vers la plage où ils retrouvent les hommes du lieutenant-colonel Merritt qui couvrent héroïquement leur retraite sous le feu des défenses allemandes, tandis qu’est coulée la moitié des péniches qui devaient les rembarquer.